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Extrait de l'ouvrage de l'Abbé Aigrain "Liturgia" (Paris, Bloud et Gay, 1930), qui - tout comme "Ecclesia", "Le Christ", etc. - se révèle une mine inépuisable pour tout ce qui concerne l'histoire de l'Eglise.
Voici quelques lignes extraites du chapitre VII (Le mobilier d'Eglise : Le Chemin de la Croix) :
"Les éléments essentiels. - Le Chemin de la Croix consiste essentiellement en quatorze croix, qui doivent être de bois, recevoir une bénédiction spéciale dans certaines conditions prévues par le droit et par les rubriques, et être fixées sur la muraille (ou sur des colonnes), à des intervalles tels que les croix jalonnent comme une route, un chemin, que l'on pourra réellement parcourir. On peut joindre à chacune de ces croix un tableau, une image peinte ou sculptée, représentant le sujet de chacune des quatorze stations, dans l'ordre voulu. C'est tout.
Mais il est à noter, d'abord, que l'essentiel de chaque station, c'est la croix de bois, dûment bénite, et que cette croix est fixée à demeure, tellement qu'on ne peut transporter un Chemin de Croix d'un lieu à un autre sans procéder à une nouvelle érection canonique. Il semblerait dès lors que cette croix dû prendre une certaine importance d'aspect, et n'avoir pas l'apparence d'un simple appendice décoratif pour le cadre d'un tableau. Il est toujours fâcheux que l'accessoire passe avant le principal. La vénération des fidèles qui font l'exercice du Chemin de la Croix (adoramus te... quia per sanctam Crucem tuam...) doit aller à la croix de bois bénite plus qu'au tableau ; car le tableau, bien que bénit lui aussi, mais subsidiairement, n'est cependant destiné qu'à faciliter la dévotion, en aidant à la "composition du lieu" pour la méditation. On observera, à un autre point de vue, que, la croix devant être de bois, il est impossible d'employer une croix de métal ou de plâtre, même peinte en faux bois ; et qu'il est de toute inconséquence de peindre une croix de bois en faux marbre.
[...]
La place du Chemin de la Croix. - On peut placer les stations où l'on veut, pourvu qu'elles se suivent en ligne continue. On tient compte de la commodité des fidèles, de la disposition et de l'ornementation générale de l'édifice. Souvent les stations sont disposées de telle sorte que les fidèles, en les parcourant, fassent le tour complet de l'église, peu importe en quel sens. [...]"
[...]
Extrait de ’encyclopédie : Catholicisme, hier, aujourd’hui, demain t. 2 pp 1035-1038: « Si le chemin de croix est érigé dans une église ou une chapelle, il n’y a aucune obligation de commencer du côté de l’évangile pour terminer du côté de l’épître : la disposition contraire est également en usage. On peut tenir compte du sens dans lequel se dirigent les personnages des divers tableaux.
L’érection peut se faire aussi en dehors des lieux de culte, dans les cimetières, salles de communauté ou parloirs des hôpitaux, pensionnats, etc., dans les couloirs et sous les cloîtres, même si on y prend parfois les récréations. Sont exclus : les réfectoires, chambres à coucher et salles habituelles de jeu ou de récréation. Est admise également l’érection en plein air, le long des routes ou dans un jardin, parc ou bosquet, pourvu que les stations soient à l’abri de toute irrévérence ; en ce cas, les stations devront régulièrement commencer ou se terminer dans l’église ou un lieu sacré…
Enfin, il n’est pas interdit d’ériger plusieurs chemins de croix dans la même église (par ex. dans la nef, une chapelle, une tribune) ou dans la même maison (dans l’oratoire, sous le cloître ou dans le jardin), pourvu que ce soit dans des endroits décents. »
« L’exercice du chemin de la croix consiste à visiter les quatorze stations, d’une façon moralement ininterrompue, en méditant sur la Passion du Sauveur. »
Le chemin de croix.
http://vivrelafoi.cef.fr/tps_grace/chemin_croix/start.php
Le temps de la Croix est d'abord un temps de la grâce, plus que de la prière, parce que nous le vivons avec le Christ. Ce chemin de la grâce, c'est d'abord celui du salut où toute son humanité, au nom de toute l'humanité et de la nôtre s'est réunie à la vie divine.
Le péché est effacé par le salut de son sacrifice, de son offrande à la volonté entière et infini de Dieu. L'arbre du bien et du mal, qui fut cause de la rupture originelle, est devenu l'arbre de l'amour offert, de l'alliance éternelle.
Comment vivre le chemin de croix.
"Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive" (Mt 16, 24)
Depuis vingt siècles, l'Eglise se rassemble en cette soirée, pour se rappeler et pour revivre les événements de l'ultime étape du chemin terrestre du Fils de Dieu. Aujourd'hui, comme chaque année, l'Eglise qui est à Rome se réunit au Colisée, pour se mettre à la suite de Jésus qui, "portant lui-même sa croix, sortit en direction du lieu dit: Le Crâne, ou Calvaire, en hébreu : Golgotha" (Jn 19, 17).
Nous nous trouvons ici, convaincus que le chemin de croix du Fils de Dieu ne fut pas le simple fait de marcher vers le lieu de son supplice. Nous croyons que chaque pas du Condamné, chacun de ses gestes et chacune de ses paroles, et aussi ce qu'ont vécu et accompli ceux qui ont pris part à ce drame, nous parlent continuellement.
C'est aussi dans sa souffrance et dans sa mort que le Christ nous révèle la vérité sur Dieu et sur l'homme. Nous voulons réfléchir avec une intensité particulière sur le contenu de cet événement, afin qu'il parle avec une force nouvelle à nos esprits et à nos coeurs, et qu'il devienne pour nous source de la grâce d'une authentique participation.
Participer signifie avoir part. Que veut dire avoir part à la croix du Christ? Cela veut dire faire l'expérience dans l'Esprit Saint de l'amour que la croix du Christ cache en elle. Cela veut dire reconnaître, à la lumière de cet amour, sa propre croix. Cela veut dire la prendre sur ses épaules et, toujours en vertu de cet amour, marcher...
Marcher tout au long de la vie, en imitant Celui qui "endura une croix, dont il méprisa l'infamie, et qui est assis désormais à la droite du trône de Dieu" (He 12, 2).
Méditation de Jean Paul II au Colisée
avril 2000
Le Chemin de Croix, des origines à aujourd'hui.
Dès les premiers siècles, des chrétiens, pénitents ou non, eurent à coeur de venir sur les pas de Jésus, au lieu même où il vécut pour nous sa Passion et sa Résurrection. Ils furent nombreux, malgré les difficultés, à se rendre à Jérusalem dès les premiers siècles, et en particulier lors de la semaine de la Passion du Christ..
Quand vient le temps des Turcs sur la Terre Sainte, il y eut bien quelque ralentissement dans le rythme de ces pèlerinages. Ils reprirent de plus belle lorsque les Croisades réouvrirent la route. Comme les Franciscains étaient les gardiens des Lieux Saints, les "Custodes", en vertu d'un accord passé avec les Turcs, ils dirigeaient à Jérusalem les exercices spirituels des pèlerins sur la "Via Dolorosa" allant du tribunal de Pilate dans la ville basse jusqu'au Saint Sépulcre, en passant par le Golgotha.
Pour ceux qui ne pouvaient se rendre en Terre Sainte, ils imaginèrent et diffusèrent aux 14ème et 15ème siècles la dévotion du Chemin de la Croix, comme ils le firent pour la crèche de la Nativité.
Les pèlerins voulaient raviver leur souvenir de la Ville Sainte, les autres voulaient parcourir "ce chemin de croix" dans les rues de leurs cités ou sur les chemins de leurs villages, comme s'ils étaient dans les rues de Jérusalem, en s'arrêtant à chaque station pour méditer les souffrances du Christ. Pour cela, l'itinéraire du Calvaire était évoqué par des tableaux dans les églises, par des croix sur les chemins.
Au début le nombre des "stations", comme les divers épisodes qui les illustraient, étaient variables. Il fallut attendre le 18ème siècle pour voir se fixer leur nombre, par les pape Clément XII et Benoît XIV, qui donnèrent au Chemin de Croix le caractère qu'on lui connaît jusqu'à maintenant. A 49 kms de Nantes, le célèbre calvaire de Pontchâteau, édifié en 1709 par saint Louis Marie Grignon de Montfort, est resté un lieu de pèlerinage des visiteurs de l'été.
Les "stations" ainsi fixées rappelaient des épisodes rapportés par les évangiles, ou d'autres venaient d'une tradition plus large, comme la rencontre avec Véronique, ou Jésus tombant plusieurs fois sous le poids de sa croix.
L'Eglise, tout en donnant sa reconnaissance nécessaire à cette dévotion, n'en fit jamais une liturgie proprement dite. Elle fait partie de ce que les "instructions" pontificales appellent les "pia exercitia", les "pieux exercices". Ce qui caractérise ces "pieux exercices", c'est la liberté de leur organisation, à la condition qu'ils soient approuvés dans le sens même de l'Eglise.
Depuis 1958 et la construction à Lourdes d'un chemin de croix de 15 stations, l'habitude s'est répandue de le terminer, dans l'espérance de la Résurrection du Christ. Jean Paul II termine ainsi les Chemins de Croix du Colisée à Rome.
Le même pape, tout en conservant le nombre de 14 stations, en a modifié la liste depuis plusieurs années, de manière à supprimer celles privées de référence biblique précise, c'est-à-dire les 3 chûtes de Jésus, sa rencontre avec sa Mère, celle avec Véronique. Il les remplaça par celles de Jésus au Jardin des Oliviers, le reniement de Pierre et la promesse du paradis au bon larron. C'est ce déroulement selon les évangiles que nous développons ici.
Les Chemins de croix au Colisée de Rome.
Jean Paul lI a voulu continuer ce dont Paul VI avait repris la tradition, en 1964, celle du rite du Chemin de Croix du Vendredi Saint au Colisée, lieu particulièrement symbolique des martyrs. La tradition remontait à l'Année sainte jubilaire de 1750, lancée par saint Léonard de Port-Maurice.
Jusqu'à 1983, les méditations étaient tirées de la Sainte-Ecriture, des méditations des Pères de l'Eglise et des saints, des docteurs. Mais en 1984, le pape Jean-Paul II avait voulu les composer lui-même à l'occasion du Jubilé extraordinaire de la Rédemption.
C'est également en raison du Grand Jubilé de l'Incarnation en 2000 que Jean-Paul II a composé lui-même les méditations de cette année, des méditations inspirées aussi de son récent pèlerinage à Jérusalem. A l'improviste, le dimanche 26 mars, le pape avait souhaité, au dernier jour de son pèlerinage, se rendre à nouveau au Golgotha, au pied de la Croix.
Depuis 1985, la célébration de la Croix au Colisée a des résonances oecuméniques. Il a pris l'habitude de faire appel à des personnalités contemporaines, dont André Frossard, en 1986 ; le cardinal Hans Urs von Balthasar, en 1988 ; le Patriarche latin de Jérusalem, Michel Sabbah, en 1990 ; Mère Anna Maria Canopi, abbesse de l'abbaye bénédictine italienne " Mater Ecclesiae ", près de Novare. Mais aussi des personnalités d'autres confessions chrétiennes, comme le patriarche de Constantinople Bartholomée Ier, en 1994 ; une moniale protestante, Minke de Vries, de Grandchamp, en Suisse, en 1995 ; Sa Sainteté Karékin Ier Catholicos de tous les Arméniens, en 1997 ; le théologien orthodoxe français, laïc, Olivier Clément, en 1998 ; ou bien des personnalités représentant les souffrances du monde contemporain comme le cardinal Vinko Puljic, archevêque de Sarajevo, en 1996.
Les stations du Chemin de Croix selon les évangiles
Nous donnons ici pour chacune d'elles une méditation, souvent celle du patriarche Bartholomée Ier en 1994, un autre texte et l'ensemble des textes évangéliques correspondants. Elles sont illustrées par les céramiques réalisées par les religieuses bénédictines de Jouarre (Seine-et-Marne) pour une église de Haute-Garonne.
Première station : Jésus au jardin des Oliviers
Deuxième station : Jésus, trahi par Judas, est arrêté
Troisième station : Jésus est condamné par le Sanhédrin
Quatrième station : Jésus est renié par Pierre
Cinquième station : Jésus est jugé par Pilate
Sixième station : Jésus est flagellé et couronné d'épines
Septième station : Jésus est chargé de la croix
Huitième station : Jésus est aidé par Simon de Cyrène pour porter la croix
Neuvième station : Jésus rencontre les femmes de Jérusalem
Dixième station : Jésus est crucifié
Onzième station : Jéus promet son Royaume au bon larron
Douzième station : Jésus sur la croix, sa mère et son disciple
Treizième station : Jésus meurt sur la croix
Quatorzième station : Jésus est déposé au sépulcre
Sur la route d'Emmaüs
Les quatorze stations selon la tradition du 17ème siècle.
Ces stations sont celles qui se retrouvent le plus souvent dans nos églises.
1 - Jésus est condamné à mort
2 - Jésus est chargé de sa croix.
3 - Jésus tombe pour la première fois.
4 - Jésus rencontre Marie, sa Mère.
5 - Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix.
6 - Véronique essuie le visage de Jésus.
7 - Jésus tombe pour la deuxième fois.
8 - Jésus réconforte les femmes de Jérusalem.
9 - Jésus tombe pour la troisième fois.
10 - Jésus est dépouillé de ses vêtements.
11 - Jésus est attaché à la croix.
12 - Jésus meurt sur la croix.
13 - Jésus est déposé de la croix.
14 - Jésus est mis au tombeau.